5ème Conférence internationale de Pesticide Action Network

18-21 Mai 2000

Déclaration de Dakar

Nous, les 120 participants originaires de 40 pays du monde représentant des agriculteurs, des syndicats du secteur agricole, des travailleurs, des femmes, des scientifiques et des activistes qui oeuvrent pour la protection de la santé des hommes, de l’environnement, des consommateurs et pour le développement et qui faisons partie du réseau d’action contre les pesticides (Pesticide Action Network) et d’organisations qui collaborent avec lui, sommes réunis à Dakar dans le cadre de la cinquième Conférence Internationale de PAN.

Nous sommes très préoccupés par les projets qui portent atteinte dans le monde entier à la sécurité alimentaire des personnes, à leur santé, à leurs sources de revenus et à leur environnement. L’usage des pesticides continue à faire des dommages sur la santé et le bien être des êtres humains et sur l’environnement. Au même moment, les compagnies multinationales sont en train de mettre au point et de commercialiser des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) et des aliments qui constituent une menace pour l’environnement, la biodiversité, la santé, les emplois et les revenus des hommes. Le développement de cette technologie aura comme conséquence le renforcement du contrôle des entreprises commerciales sur l’agriculture et la production alimentaire, l’augmentation de l’usage des pesticides et la réduction du pouvoir de contrôle des paysans sur les semences et la technologie.

Le processus de mondialisation fait la promotion de projets corporatifs dont l’objectif majeur est la recherche du profit. Ceci sape la production alimentaire locale et développe la pratique de " dumping " des produits alimentaires en direction des pays pauvres, la commercialisation d’intrants agricoles non nécessaires et excessifs, la concentration des entreprises détenant des monopoles dans les secteurs de l’agrochimie, de l’alimentaire et des industries spécialisées dans les semences, le développement du génie génétique et la mainmise des corporations sur l’agriculture.

Nous sommes profondément préoccupés par les conséquences de cette situation qui se traduisent par la réduction de l’accès à la nourriture et la non atteinte de l’autosuffisance alimentaire, la perte des connaissances et des semences locales et traditionnelles, la suppression des sources de revenus tirés de l’agriculture, la dislocation des communautés rurales, l’augmentation du niveau d’endettement des paysans, l’exode forcé des populations, des conditions de vie plus difficiles pour les femmes, la faim et la malnutrition particulièrement pour les populations locales, la concentration des terres, et la marginalisation de l’agriculture (durable).

Nous nous engageons à lutter pour l’élimination des pesticides, la suppression des manipulations génétiques, la fin du mouvement de mondialisation industrielle et la réalisation de la souveraineté alimentaire et de l’agriculture durable à l’échelle de la planète.

Pour atteindre ce but, nous nous engageons à :

  1. promouvoir l’agriculture durable avec une approche globale et scientifique et le mouvement pour le changement social intégrant les connaissances locales et traditionnelles, l’approche participative, le renforcement du pouvoir des femmes, la maîtrise de la terre, de l’eau et des semences et des forêts par les paysans, la protection des droits des travailleurs agricoles et des communautés rurales, l’utilisation d’une technologie adaptée, la conservation de la biodiversité, l’accès et la distribution équitable de la nourriture, la répartition équitable des bénéfices et l’autosuffisance alimentaire respectueuse des équilibres écologiques ;

  2. supporter les alternatives aux pesticides chimiques de synthèse particulièrement l’agriculture biologique ;

  3. continuer la lutte en vue d’amener les conventions et accords locaux, nationaux et internationaux à limiter, réduire et éliminer la dépendance vis à vis des pesticides et notamment supprimer progressivement et interdire les pesticides chimiques de synthèse particulièrement ceux qui causent des effets aigus, chroniques et perturbateurs du système endocrinien ;

  4. mener des campagnes en vue de stopper le développement et l’usage des OGM dans l’alimentation et l’agriculture par le biais d’actions coordonnées à l’échelle nationale, régionale et internationale ;

  5. lancer et s’associer à des campagnes contre la mondialisation de l’agriculture et contre les institutions et instruments internationaux qui en font la promotion comme le FMI, les banques multilatérales de développement, les programmes d’ajustement structurel, les accords de l’OMC sur l’agriculture et les droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce ;

  6. redoubler les campagnes de protestation contre les injustices commises par les multinationales intervenant dans l’agrochimie, l’alimentaire et la production des fibres et faire du lobbying en vue d’inciter les entreprises et les gouvernements à plus de responsabilité.

PAN atteindra ses objectifs en :

  1. développant des projets de recherche participative et en assurant leur suivi, le renforcement des ressources de base, en développant l’éducation et la mobilisation et en plaidant en faveur du renforcement des capacités à la base et à l’échelle nationale ;

  2. développant des réseaux et des alliances à l’échelle nationale, régionale et internationale et renforçant les capacités des paysans et des mouvements de femmes en tant que premier maillon de ce processus ;

  3. lançant des campagnes d’information en collaboration avec les paysans, les ouvriers de l’industrie, les ouvriers agricoles, les environnementalistes, les organisations de défense des droits de l’homme, les consommateurs et d’autres franges de la société ;

  4. influençant les politiques et pratiques des gouvernements, des organisations intergouvernementales et d’autres institutions par des actions et activités coordonnées au plan national, régional et international.

Nous les participants à la 5ème Conférence Internationale de PAN, lançons un défi à ceux qui soutiennent que le monde ne peut être nourri qu’avec les pesticides et le génie génétique, exigeons que notre message soit entendu et sommes déterminés à atteindre notre but qui est de nourrir le monde sans l’empoisonner par des pratiques agricoles durables, contrôlées et gérées par les communautés.

 

Dakar, Sénégal

Le 21 Mai 2000